Marc Douillet

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Vaste rêve

Un texte d’Andrée CHEDID (2002)

Inventives, mouvementées, nos fables nous investissent. Destructrices ou fondatrices, elles nous ravagent ou nous font croitre.
Lorsque leurs racines s’immergent dans le terreau de la poésie et les arcanes de notre indéchiffrable destin, elles créent en nos esprits des traces indélébiles qui ne s’effaceront qu’avec l’anéantissement de notre planète.
Venus d’on ne sait où, en vue de quelle mission, qui sommes-nous ?
Propulsés vers le futur dans un courant perpétuel fait de sombres remous ou de paisibles vallonnements, de fertiles avancées ou d’alarmants reculs, quelle signification avons-nous ?
Malgré les oscillations de l’existence, au tréfonds de nous, une lueur ne cesse de scintiller. Celle-ci nous pousse à briser nos limites, à transgresser la routine, à rebondir ailleurs.
Mystère et poésie de la vie qui, émergeant sans cesse de la chute, de l’affaissement, soulèvent hors de toutes les contraintes, de toutes les scories la turbulence et la houle de l’imaginaire.
A la suite du flux impétueux de l’univers, l’homme - habituellement si clôturé -, à l’écoute soudain d’une pulsation intime, de nouveau s’anime et reprend essor.
Il rompt alors les règles, se féconde dans le refus, se réalise dans le cri, s’invente dans l’œuvre, multipliant ainsi la portée de son destin.
De cette tourmente, de cette angoisse, de cette étreinte, de cette fièvre, naitra puis s’édifiera le projet.
Si nous restons fidèles à l’appel et aux fibres de cette vie, elle offrira, en retour, substance et canevas aux rêves les plus intrépides, aux desseins les plus audacieux.